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La problématique de l’homosexualité en Afrique : l’expérience camerounaise
Sidanet, 2006, 3(10) : 946
Mardi 23 janvier 2007
• Charles Guebogo, Sociologue. Doctorant Université de Yaoundé I (gue_charles@yahoo.fr)

Honoré Mimche, Sociologue-Chercheur, CNE-MINRESI (h_mimche@yahoo.fr)

Summary :
This essay is the result of four years of sociological reseach in the midst of same sex lovers in the towns of Yaoundé and Douala (Cameroon). Research tools have joined both qualitative (story life, interview) and quantitive one (survey through questionnaire). The results show that homosexuality in the society is still discriminated although same sex lovers as subject invest public area to colonize them. Homosexuality in Cameroon despite the prohibiting law begin to grow as a subculture inside a community « en devenir. » Sociological explanatories factors of the public visibility of this reality have been discovered. There are crisis, media and african politics.
Keys words : Homosexuality, discrimination, explanatories factors, media, crisis, politics.
En guise d’introduction

Il est aujourd’hui très difficile de discuter des questions de sexualités en Afrique [1] en mettant en marge l’homosexualité/le lesbianisme sans risque de parcellisation de la réalité socio-sexuelle. Pour cause, les mœurs et les habitudes sexuelles constituent désormais l’un des aspects des comportements sociaux où l’on peut lire les dynamiques de changement, parfois les plus inattendus. En effet, notre société est entrée dans une ère de révolution et de ‘‘libération sexuelle’’ (Nella NOBILI et Edith ZHA, 1979 : 279) caractérisée fondamentalement par de nombreuses mutations : montée de la sexualité prénuptiale, développement du marché/commerce sexuel, mais aussi une « visibilisation » de l’homosexualité. De plus en plus, les hommes comme les femmes choisissent de « vivre différemment leur vie sexuelle et « d’aller à l’encontre » d’une forme d’amour devenue traditionnelle et modèle conventionnel». Dans ce sens, c’est une lapalissade que de dire que l’homosexualité en Afrique est sortie du champ des mythes, de l’imaginaire pour désormais tutoyer l’espace public au quotidien, entre clandestinité et visibilité homéopathique. C’est ce qui permet de poser la problématique de l’homosexualité en Afrique où les sociétés sont restées fondamentalement homophobes et hétérosexistes.  

L’homosexualité est un terme dont les charges culturelles, idéologiques exigent, pour plus de prudence dans son usage, des éclaircissements. Ainsi, cette communication n’a pas la prétention d’intégrer un camp idéologique particulier (défenseur/répresseurs), mais veut simplement analyser un type de comportement sexuel en pleine effervescence dans nos sociétés jadis acquises presque exclusivement à la cause hétérosexuelle. La sociologie de la sexualité à ce niveau sera « un travail infini de contextualisation sociale et culturelle, qui vise à établir les relations multiples et parfois méconnues des phénomènes sexuels à d’autres processus sociaux » (BOZON, 2002 : 123). Elle permettra une construction sociologique de cette réalité socio-sexuelle en ressortant les logiques d’action qui motivent les personnes impliquées dans ces échanges particuliers pour le commun africain, la perception de ce « choix sexuel » autant par la société, les systèmes religieux que par les homosexuels eux-mêmes. Ce choix méthodologique se justifie par l’option de saisir dans sa complexité un phénomène aussi marginal : « du dedans » à partir du vécu des homosexuels, et « du dehors » à partir des structures sociales (familles, religions, institutions, etc.). Pour ce faire, une définition opératoire de ce qu’est l’homosexualité, si l’ « on veut se méfier du piège des mots » (ORAISON, 1975 : 21) ou de leur ambiguïté, se révèle être primordiale.  

La notion d’homosexualité : entre nature et culture.

Il n’est pas aisé de discourir sur l’homosexualité, surtout dans un contexte social comme celui de l’Afrique acquis aux valeurs pro-natalistes, et enclin à l’hétérosexualité, sans écueils. La notion et la pratique de l’homosexualité sont toujours entachées de beaucoup de convictions issues de multiples orientations psycho-idéologiques. Généralement l’hétérosexualité est toujours perçue à partir d’une construction tacite des identités de genre sur la base de tabous, de la supposée nature humaine ou en prenant pour prétexte les différences biologiques, les normes religieuses et les valeurs traditionnelles pour attribuer des trais essentiels de personnalité, des capacités et des rôles spécifiques à l’un et l’autre sexe. Elle traduit un passage du biologique au socioculturel [2] . Elle a été formalisée sur la base des préjugés y relatifs et de la doxa. On comprend dès lors pourquoi les gens diront « on est né, on a trouvé que la norme c’est l’hétérosexualité et on s’y est habitué. C’est devenu le modèle que toutes les religions ont prôné » (Homme adulte, leader traditionnel, Douala)

Dans chaque communauté, hommes et femmes sont toujours au cœur d’une spécialisation fonctionnelle bâtie sur la base du fait qu’on est homme ou femme. Etre femme veut dire qu’on est naturellement appelé à se livrer aux rôles associés à la reproduction, à la maternité de préférence. En revanche, les statuts masculins corroborent avec des activités liées au sexe fort, c’est-à-dire ‘‘pénibles’’ ou nécessitant de ‘‘grands efforts’’, de ‘‘grosses énergies’’, bref à la virilité, etc. L’accent est mis sur les compétences ou aptitudes physiques préjugées inégales entres hommes et femmes, par nature.

Inspirée de l’approche sociobiologique telle que définie et mise au point par E. O. Wilson [3] , la construction sociale de la normalité sexuelle (notamment l’hétérosexualité) est une approche systématique des comportements sociaux et des identités masculine et féminine sur des bases essentiellement biologiques et naturelles, concevant toujours comme « normale » une attirance que peut avoir un homme pour une femme et vice versa (hétérosexualité). En effet dans son ouvrage L’humaine nature, Wilson met en exergue un déterminisme génétique des comportements sociaux à partir des différences liées soit à ‘‘la nature masculine’’ soit à ‘‘la nature féminine’’. Car la personnalité, les attitudes, les aptitudes, les rôles familiaux et sociaux des femmes comme ceux des hommes sont déterminés par leur nature biologique. Ces deux termes désignent alors des conduites sociales et des idées qui tablent sur des différences biologiques pour opérer une séparation entre les hommes et les femmes dans les domaines aussi variés que celui de la sexualité. Dans ce sens, écrivent Brigitte Cabbré et al  [4] , alors que ‘‘le sexe masculin se voit attribuer des caractéristiques nombreuses et généralement valorisantes qui ouvrent la voie à des rôles et des actions dans les domaines les plus variés, les femmes se voient [par contre]attribuer des caractéristiques nombreuses mais qui aboutissement à les confiner dans un double rôle, sexuel et domestique’’. En effet pour Wilson, c’est à la fois la nature de l’homme et celle de la femme qui les prédisposerait différentiellement à s’attirer mutuellement et non l’inverse.  Ainsi, sur cette base des caractéristiques biologiques et naturelles (émotion, tendresse, sentiments), les femmes seront orientées vers le sexe opposé, de même que les hommes, également par nature (tendance à l’affirmation de soi, agressivité, virilité, etc.).  En fonction de ce portrait-robot, les femmes semblent peu aptes à mener une vie professionnelle, tandis que les hommes sont amputés d’une bonne partie de leurs sentiments. En clair, ‘‘Hommes et femmes se voient attribuer des tempéraments et des rôles étroitement déterminés par leur patrimoine génétique,’’ lesquelles régissent de fait leur nature sexuelle. Ce sont ces stéréotypes qui définissent les attentes de la société à l’égard de chaque sexe en terme de comportement sexuel. C’est cette conception que l’on retrouve dans plusieurs sociétés, et qui prennent valeur de modèles avec des fondements religieux importants (islam, christianisme, animisme), car ces stéréotypes acquièrent une dimension normative et s’imposent finalement comme des modèles orientant les choix matrimoniaux et les orientations sexuelles des acteurs sociaux. Dès lors, et comme c’est la cas dans la plupart des sociétés africaines, l’instinct de maternité est assignée à la femme/féminité et être lesbienne est désormais perçu comme une négation de son identité féminine, de même qu’être homosexuel apparaît comme un rejet de sa virilité, une forme de bestialité.

Cette conception, essentiellement culturaliste des identités de genre et des rapports sexuels ayant sous-tendu les comportements sexuels et nuptiaux, s’est reproduite par le processus de socialisation, les pratiques éducatives des parents en faisant aujourd’hui de l’hétérosexualité le plus grand bonheur des acteurs sociaux ou le modèle conventionnel de la vie sexuelle.  A l’inverse de ce modèle, l’orientation homosexuelle est une forme de dépravation des mœurs, fortement réprimée dans la vie courante. A titre d’illustration, une jeune homosexuelle affirme que lorsqu’elle décida de devenir lesbienne, ce fut au grand déshonneur de la famille, des amis, des collègues, des camarades, bref de l’entourage. Par ailleurs, cette conception stigmatisante de l’homosexualité est généralement expliquée par le fait qu’on comprenne difficilement que « dans une société où les femmes sont assez nombreuses (voire trop), certains décident d’aller avec les hommes et les femmes entre elles » (Homme, 32 ans, Yaoundé). C’est pourquoi l’homosexualité se confond à une « existence mutuelle de masturbation » soit entre hommes soit entre femmes.

            Or, l’homosexualité a pour base une attirance pour une personne de sexe identique, comportement que les homosexuels perçoivent eux-mêmes comme un phénomène naturel, aussi normal que paraît le modèle hétérosexuel, d’ailleurs trop valorisé. L’homosexualité est une construction du plaisir sexuel non plus sur la base de valeurs traditionnelles, mais d’un ‘‘sentiment naturellement vécu’’. C’est l’envers d’un choix modélisé (hétérosexualité), mais qui est vécu dans la joie, la sérénité, ou bien comme la vie, avec ses joies, ses peines et ses souffrances, de tous ceux qui s’aiment et vivent ensemble ( Nobili et Zha : 45).

L’homosexualité vue par les comportements extérieurs des individus

Pour une certaine opinion commune africaine, l’homosexualité est liée au stéréotype sur le caractère efféminé des hommes et celui viril des femmes. Autrement dit, l’homasse serait lesbienne, tandis que l’efféminé serait homosexuel ou gay. Au Sénégal par exemple, le terme pour désigner les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH), et par extension les homosexuels, est en wolof « gor jigeen », ce qui veut dire littéralement « homme-femme » (NIANG et al., 2003 : 505). Au Nigéria on parlera du « dan daudu » pour désigner la pratique (daudu) faisant référence aux hommes qui agissent comme des femmes et qui ont des rapports sexuels avec des hommes (GAUDIO, 1998 : 115-128). En kiswahili, langue parlée dans plusieurs régions d’Afrique de l’Est, l’homosexualité est traduite par « mke-si mume », littéralement « femme et pas homme » (HABERLANDT, 1998 : 63-65). En somme, l’étiquetage des personnes comme homosexuelles et par extension la définition de l’homosexualité est fonction pour cette opinion de l’inversion dans les rôles de genre qu’il serait possible d’observer chez certains acteurs sociaux. Malheureusement, cette conception dépasse largement l’opinion commune (CORRAZE, 1994 : 55). L’attitude externe à travers la gestuelle ; le fait d’assumer pour certains individus une part de leur féminité (métrosexuels pour les hommes) ou de leur masculinité (pour les femmes); l’adoption d’un code vestimentaire où la prédominance d’un caractère psychologique socialement labellisé comme du ressort du féminin et/ou du masculin est non seulement un facteur plein d’incertitudes pour définir l’homosexualité, et partant pour identifier un gay, un HSH, une lesbienne, mais surtout un facteur d’erreur de jugement. La perception  de l’homosexualité ne peut, ne saurait et ne devrait pas s’envisager sur la seule base de l’inversion ou du degré d’²androgynéité² observé chez une personne : tous les homosexuels ne sont pas invertis (GUEBOGUO, inédit). En sus, l’homosexualité ne peut s’appréhender à travers l’externalité comportementale des individus.

L’homosexualité comme une pratique de classe et une secte

Dans l’imaginaire collectif camerounais aujourd’hui, l’homosexualité est facilement assignée à une pratique de classe, un facteur de mobilité sociale et de promotion sociale. Elle serait un choix justifié dans un contexte de crise pour l’insertion professionnelle et surtout pour se maintenir aux affaires. Ainsi, l’on est le plus souvent tenté de dire dans la rue que l’homosexualité est une pratique spécifique aux élites administratives, aux hauts fonctionnaires. Il y a dès lors un rapprochement conceptuel qui est établie entre sodomie, pédophilie et homosexualité, parfois utilisées comme des termes stigmatisants et de raillerie. Les « homos » sont dans ce sens un groupe de personnes de même sexe (généralement les hommes) qui entretiennent des rapports sexuels entre elles et placé sous la tutelle d’un gourou de la secte. C’est pourquoi on parlera le plus souvent d’homo, de pédé pour en faire une réalité exclusivement masculine 

L’homosexualité comme une pathologie et une maladie mentale

D’après la doxa, l’homosexualité est également associée à une pathologie proche d’une névrose ou d’un état mental débile. Ce fut le cas pendant une très longue période en Occident avant que l’OMS, sous la pression du lobby homosexuel américain, ne raye l’homosexualité de la liste des maladies (LHOMOND, 1997 : note 9). En Afrique l’homosexualité est surtout associée dans les imaginaires à la sorcellerie, tellement elle est jugée anormale. Qui mieux que les sorciers, en effet, ont le don d’agir en dehors de toute logique normative et de toute logique dans l’orthodoxie de ce que la société prescrit comme normale ? Cependant, il faudrait préciser que l’homosexualité est jugée pathologique ou paranormale parce qu’elle correspond davantage avec la manière dont les gens conçoivent et construisent de nos jours le comportement sexuel normal. Il n’y a donc aucune relation fondamentale entre la pratique homosexuelle et un désordre mental ou encore avec une pratique systématique liée à la sorcellerie. Certes dans la logique africaine, il y a une part qui peut être expliquée à travers les pratiques de la sorcellerie, lorsqu’il est prétendu que les sorciers ont deux sexes et qu’ils s’en serviraient, à l’occasion, pour nuire à leurs ennemis en fonction du phénotype (caractéristiques génitales) de ces derniers.

Homosexualité, pédophilie et pédérastie

L’homosexualité est souvent confondue à la pédophilie et à la pédérastie. En Afrique, l’apocope fort péjoratif « pédé » sert souvent d’appellation pour désigner les homosexuels masculins. Si le pédéraste étymologiquement désigne l’amant des jeunes garçons à peine pubères, le pédophile quant à lui sera l’individu qui a une préférence sexuelle pour les enfants, tout sexe confondu. Cependant, la pédérastie ne peut s’assimiler à l’homosexualité, même si le choix de l’objet sexuel enfant est homosexué. L’on peut préférer avoir des relations sexuelles avec des personnes de son sexe sans pour autant avoir une attirance pour les enfants. Il existe certes des exceptions de personnes qui ont ces tendances, mais cet état de chose, somme toute minoritaire, ne devrait pas pousser à postuler pour une généralisation définitionnelle de l’homosexualité en rapport avec la pédérastie.

Dans l’appréhension classique de l’homosexualité, il est d’usage de privilégier l’activité, c’est-à-dire le rapport sexuel entre personne de même sexe. C’est cette approche que l’on va par exemple retrouver chez Kinsey ou encore dans de nombreuses approches juridiques prohibant l’homosexualité en Afrique comme le Sénégal (article 319, § 3 du code pénal sénégalais [5] ) ou le Cameroun (art 342 bis du code pénal camerounais [6] ) . A la lecture de ces codes, il ressort clairement que c’est l’activité confondue à l’homosexualité qui est condamnée ; or, l’homosexualité est cernée avant tout à partir de l’identité, c’est-à-dire la reconnaissance par le sujet ou la sujette de sa spécificité d’homme ou de femme, à laquelle sera associée une identité homosexuelle ou lesbienne.

L’homosexualité, dans le cadre de cette réflexion, va désigner l’orientation sexuelle chez une personne donnée ayant une attirance explicite ou non pour les personnes de son sexe, et qui, après une série d’étapes psychosociologiques [7] , parvient à la reconnaissance et à l’acceptation de son identité en tant que homosexuelle ou lesbienne. Cette reconnaissance se traduira chez certaines personnes par l’intégration progressive, non systématique, active ou non, à une communauté homosexuelle quand elle existe (GUEBOGUO, 2005 : 87-88). Les qualificatifs liés à l’homosexualité sont : homosexuels ou gays pour les hommes et lesbiennes pour les femmes. 

De l’affirmation des homosexuels et des lesbiennes 

La genèse des manifestations ou de la visibilité croissante du fait homosexuel en Afrique est différente, selon que l’on se trouve en Afrique au Sud du Sahara ou en Afrique du Nord. Le constat qui se dégage cependant, et pouvant être généralisé, est que c’est à partir des années quatre vingt que l’homosexualité a commencé à devenir visible en Afrique, notamment dans la partie Sud. En effet, à Cape Town dès 1980, une discothèque pour homosexuels et lesbiennes voyait le jour et organisait des compétitions de « dragues » ou « drag queen » (MURRAY, 1998 : 243-254). Au Zimbabwe, l’association des « Gays and Lesbians of Zimbabwe » (GALZ) fut mise sur pied dès 1990 avec deux principaux objectifs : promouvoir les services sociaux aux gais et lesbiennes dans le pays, et établir un programme de counselling sur le VIH/SIDA. La première « gay pride »  (sorte de festival homosexuel) organisée en Afrique eu lieu en Afrique du Sud en octobre 1990, en dépit de l’apartheid dans lequel vivait le pays et en dépit aussi du fait que la sodomie et par extension l’homosexualité était punie et condamnée [8] . En Afrique francophone, c’est avec l’avènement du processus de démocratisation, marquant, entre autres, les libertés individuelles d’expression, de religions et pour certains de choix sexuels, que l’homosexualité a été de plus  en plus visible. Exception faite de la Côte-d’ivoire où, dès les années quatre vingt aussi, l’homosexualité était déjà visible, notamment avec le passage à la télévision d’Oscar, un jeune homme qui s’était investi et imitait à la perfection la star Ivoirienne Aïcha Koné. Les journaux « Ivoire Dimanche » et ensuite « Fraternité Matin » emboîtèrent le pas à la télévision à travers des reportages sur ledit Oscar. Nous sommes exactement en 1982, et tout cela semble-t-il, avait reçu un écho favorable du public (PAPE, VIDAL, 1984 : 112-118).

Au Cameroun, les lieux de rencontre se sont multipliés, surtout dans les grandes villes : il s’agit le plus souvent de bars, restaurants, de boîtes de nuit  dans les quartiers de Bastos, Essos, Akwa. Ces lieux de rencontre constituent des « Small g » qui sont des lieux fréquentés par les homosexuels et les lesbiennes, mais pas exclusivement par eux.  On est donc loin des espaces « hétérotopiques » (TAYLOR, 1997 : 3-19) foucaldiens qui désignent littéralement des places de différence. Ici, il s’agit des espaces où certains jours de la semaine et à certaines heures, les probabilités pour rencontrer un grand nombre de personnes homosexuelles sont élevées. Les rencontres à ce niveau vont jouer un rôle de socialisation au milieu homosexuel se constituant [9]  . L’homosexualité dans le milieu gay au Cameroun est appelée « nkouandengué », et « mvoy » chez les femmes. Ce sont des néologismes désignant à la fois le concept et l’activité. Les homosexuels sont contraints de vivre cachés et de se constituer en réseaux fermés, restreints et pratiquement inaccessibles. Les lieux de rencontres obéissent à des lois internes en fonction des villes, avec une moindre insistance sur le type de quartier. Ils se réunissent pour se divertir comme ils peuvent et où ils peuvent. C’est ainsi par exemple qu’à Yaoundé, le dimanche à 22 heures, dans un quartier de la ville, la probabilité de rencontrer un grand nombre d’homosexuels est élevée. Ils s’y réunissent dans un bar et utilisent l’expression codée : « la messe de 22 h » pour y faire allusion. Aller à la messe le dimanche à Yaoundé dans un certain bar, à 22 heures, signifie en d’autres termes faire une sortie pour se rendre dans le milieu gay et établir éventuellement des contacts. A Bastos au Carrefour, dans un autre quartier de la ville de Yaoundé, les rencontres se font souvent le samedi, à partir de 20 heures.

Les boîtes de nuits et devantures des hôtels sont aussi des lieux privilégiés de grande visibilité de l’homosexualité en action en Afrique. Il faudrait préciser que la plupart du temps, il s’agit d’homosexualité identitaire exprimée juste parce qu’ « on se sent comme ça ! » ou parce qu’ « on est là dedans ! ». Tout cela montre que dans bien des cas, le « marché homosexuel » africain qui est encore en devenir à cause des contraintes sociales, tend de plus en plus à s’affirmer, à s’ériger en une sorte de communauté.

Internet en Afrique est également un autre lieu de manifestation du fait homosexuel à travers les sites de rencontres gais, lesbiens ou bisexuels. Au Cameroun, le plus populaire et le plus fréquenté c’est le site « www.cybermen.com ». Le but avoué des acteurs sociaux s’y rendant est le désir de trouver un partenaire occidental de préférence, qui pourra jouer le rôle de sponsor économique et enfin qui pourra faire voyager en Europe le correspondant. Ainsi, l’usage d’Internet par les homosexuels en Afrique, en plus de se divertir ou de faire des recherches autres, apparaît comme une tactique de positionnement favorisant l’accès à un mieux-être supposé se retrouver exclusivement en Occident.

            Les prisons sont aussi les endroits privilégiés de l’homosexualité en Afrique. Il s’agit dans la majeure partie des cas d’homosexualité situationnelle due à la promiscuité dans laquelle vivent les prisonniers, en l’absence de partenaires de  l’autre  sexe  et  enfin  au  mauvais traitement. Pour le dernier aspect, il ressort que les prisonniers qui sont souvent mal nourris, s’engagent dans une lutte à la survie où les plus faibles sont rançonnés et obligés de se soumettre sexuellement en échange de quelque argent. On assiste à des démonstrations d’autorités où certains caïds, pour établir leur suprématie dans la cellule, soumettent les nouveaux ou les rebelles (prisonniers) à des relations sexuelles anales. D’où la multiplicité des viols à caractère homosexuel, sous le regard complice des « gardes-chiourmes » (ETEKI-OTABELA, 2001 : 498), qui est souvent rapporté.

Les homosexuel(le)s sont parfois regroupé(es) dans des associations. Mais la vague d’arrestation que le Cameroun a connu depuis juin 2005 a beaucoup limité leurs actions dans les villes de Douala et de Yaoundé.  

Comment les homosexuels construisent-ils leur vécu ? 

Bien qu’étant de plus en plus visible, l’homosexualité en Afrique n’est pas encore affranchie des contraintes « non sexuelles » (POLLAK, 1993 : 212) et de la pression sociétale qui se dresse contre elle. Cette situation voue certains homosexuels en Afrique à « une gestion complexe de (leur) vie, (les) contraignant souvent à une double vie, voire à des vies multiples » (Ibidem : 213). Certains auteurs pour désigner cette double vie, ont parlé de « stratégie de discrétion » ou « tactique de camouflage » (GUEBOGUO, 2002) de la part  de  ces  individus  qui optent alors pour « le « choix » d’une visibilité hétérosexuelle pouvant induire des rapports clandestins avec les hommes » (MENDES-LEITE, PROTH, BUSSCHER (de), 2000 : 28). A ce stade, l’ensemble des normes sociales et personnelles inatteignables est transformé, à travers des tactiques symboliques basées sur la rationalité mises en œuvre, pour créer une autre forme de normativité, laquelle possède une cohérence pour les individus qui procèdent par de tels bricolages et autres arrangements identitaires successifs (Ibidem : 31 ; MENDES-LEITE, 2000 : 99). Cela va servir de paravent, pour ne plus se heurter de front à des sanctions ou à des tensions sociales qui s’érigent contre l’activité homosexuelle dans la société.  C’est dire à ce niveau que ces normes idéelles instituées par la société et inculquées à travers la socialisation de l’individu se trouvent être supplantées par la norme du désir et de l’attirance liée à l’orientation sexuelle : la norme pratiquée et pas nécessairement pratique en cas de rapport sexuel non protégé.

Les expériences sont parfois divergentes et assez contrastées s’inscrivant presque toujours dans une trajectoire complexe justifiée le plus souvent comme une stratégie de camouflage social : bisexualité, homosexualité, hétérosexualité. Les homosexuel(le)s perçoivent leur expérience sexuelle comme  « un choix amoureux différent » et réclament par ailleurs le droit à la différente dans un contexte social par contre qui leur est peu tolérant, dans la mesure où il assimile la pratique à la bestialité. Pour les homosexuel(le)s, « l’amour n’a pas de sexe » (Nella NOBILI et Edith ZHA, 1979 :36). Etre homosexuel(le), c’est une manière d’être, d’exister et de vivre sa sexualité, non pas nécessairement comme l’imposent les modèles conventionnels. Toutefois, on peut observer chez certains la peur de s’affirmer publiquement.

L’usage des marques d’identification

Dans le microcosme homosexuel(le), l’usage de certaines marques sont des signes d’identification et de communication. C’est notamment l’usage des bagues au niveau du pouce droit chez les mariés, des chevillières au niveau du pied droit par les filles (pratique quelque peu banalisée aujourd’hui) ; l’usage des boucles par les hommes. Ces signes sont aussi des termes d’interpellation : « boby » pour dire lesbienne dans le milieu ou encore « mec. »

Le recours aux pétitions comme forme de résistance

Depuis les évènements de juin 2005 au Cameroun, des pétitions sont orchestrées par quelques homosexuels et signées via Internet pour stigmatiser la campagne de croisade contre la pratique de l’homosexualité. C’est aussi l’occasion pour eux, de souligner l’ambiguïté de la législation camerounaise qui ne punit pas l’homosexualité, mais la pratique homosexuelle. Or, les individus qui ont été arrêtés en Juin 2005, se trouvaient sur la place publique, prenant un pot comme c’est la coutume au Cameroun. Ils ne se touchaient pas, ils ne s’embrassaient pas comme le témoigne un de nos répondants. D’où le sentiment d’injustice qu’expriment les interviewés, car au Cameroun, il suffit désormais d’un soupçon pour qu’un individu soit privé de ses droits civiques sous le prétexte qu’il serait homosexuel. Et très souvent, le chef-d’accusation est difficile à rédiger, puisqu’au Cameroun on ne saurait être puni pour homosexualité, même soupçonnée, mais seulement pour pratique homosexuelle. Encore faut-il être pris la main dans le sexe. D’où l’embrouille notoire.

Une vie truffée de difficultés

L’identité homosexuelle plonge presque toujours les homosexuel(le)s dans une ambiguïté constante d’exprimer leur création amoureuse à cause des pressions sociales, familiales et des religions. Ils font face à

-La répression sociétale et la maltraitance

-l’intolérance familiale et de l’entourage (résiliation d’un contrat de bail avec un homosexuel à Yaoundé en 2001).

-Les violences verbales, physiques. Les homosexuels et les lesbiennes sont le plus souvent victimes d’injures. Quand les termes « pédé », « depso », « homo » et lesbiennes sont utilisés, c’est parfois pour insulter.

-les stéréotypes divers du genre : « on te casse l’anus. Vous portez des couches… On vous fait çà par derrière »

-la marginalisation qui peut pousser à l’exode ou à la répudiation du cadre familial ou à la perte d’un emploi.

La stigmatisation de l’homosexualité par l’entourage proche des homosexuels est souvent forte. Dans la rue, quand ils sont reconnus, ils font souvent l’objet d’insultes et des quolibets du genre : pédales, gouines, porteurs de couches et la liste est loin d’être exhaustive. Pour le Camerounais en général, toute relation homosexuelle n’est moralement pas concevable et ne devrait pas socialement être admise. Les journaux, la télévision et certaines radios privées ou publiques, à un certain moment, se font l’écho de cette réaction anti-homosexuelle, au nom des mœurs dites bafouées. La violence verbale est la plus difficile à assumer chez les homosexuels au Cameroun. La société, passant par les individus au moyen de l’insulte, tue ou éradique de manière symbolique ce qu’elle n’admet pas, à défaut de le faire de manière physique. La marque psychologique reste forte et est parfois de nature à déstabiliser les plus forts, surtout si les agressions verbales sont fréquentes. 

Les violences physiques se rencontrent dans les cas où certains homosexuels, par mégarde, se sont aventurés à faire des avances à des personnes n’ayant pas la même orientation sexuelle qu’eux. Ces cas sont fréquents dans les « Small g » ou les gays sont majoritaires, certains jours de la semaine.

Cet ensemble d’atteintes dont sont victimes les homosexuel(le)s ont des fondements sociaux, culturels, religieux, légaux et se conçoivent implicitement comme des formes de résistances de la société à ce qu’elle appréhende le plus souvent comme une « importation culturelle ».

Un fait complexe : examen de quelques facteurs explicatifs de  l’émergence de l’homosexualité en Afrique

Les médias

Les facteurs sociologiques explicatifs de la propension à l’homosexualité en Afrique sont nombreux. Pour les besoins de cette communication, il ne sera retenu que trois facteurs qui apparaissent capitaux. Le premier facteur explicatif de cette visibilité de la manifestation homosexuelle en Afrique est celui de l’influence des productions des médias, surtout les médias étrangers qui sont reçus en terre africaine. Ceux-ci irriguent d’images fortes et brutales, alimentent le subconscient et l’imaginaire des africains. Loin d’être neutres, ils amplifient ou valorisent certaines représentations au détriment d’autres. Les individus les plus exposés à l’impact des médias sont ceux qui sont en mesure de se procurer des journaux, un appareil récepteur de radio ou de télévision, parfois couplé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ceux-ci en s’y exposant, finissent par avoir un large champ de perception des réalités et schèmes de pensées présentés, qui ne sont pas toujours en harmonie avec les modèles de leur groupe d’appartenance. Ils sont ainsi considérés comme exutoire chez certaines catégories de la population, pour combler leurs insatisfactions. Ils s’entourent alors de l’illusion selon laquelle, dans le fond, les médias pensent comme eux. Autrement dit, les médias expriment tout haut, ce qu’ils auraient ou qu’ils ont toujours pensé  tout bas.  Toujours  est-il  que  ces  modèles nouveaux que proposent les médias, dans une époque idéologique de mondialisation des cultures, sont susceptibles d’influencer d’une certaine manière les représentations. Pour les individus, faire comme ils ont vu dans les médias apparaît comme la manifestation d’un alibi discursif, permettant de sortir de la double tactique dans laquelle sont entrés de nombreux africains pour masquer leur vie homosexuelle réelle. Ils sont, par la même, encouragés par ce qu’ils observent dans les médias, et par ce qu’ils croient, à tort ou à raison, être la réalité homosexuelle occidentale. Cette ²visibilisation² de l’homosexualité qu’ont incité les médias en Afrique est aussi l’expression d’une reconnaissance sociale qui ne veut toujours pas dire son nom.

La crise

Le flux des productions médiatiques étrangères qui se déverse en Afrique a trouvé un champ social en état de crise. La crise sociale apparaît ainsi comme le deuxième facteur explicatif de la visibilité accrue de l’homosexualité dans la sphère sociale africaine. L’Afrique est en crise, elle vit la crise depuis les années quatre vingt. La crise ou le concept de crise se présente comme un moment de perturbations, de graves difficultés, de turbulences, de tensions et de conflits que connaît une société à un moment donné. En effet, l’étymologie du mot crise est en lui-même révélateur de ce qui précède. Il est issu du jargon médical et vient du grec « krisis » qui veut dire étape décisive, moment critique. C’est donc un moment décisif dans l’évolution d’une maladie, moment décisif qui à son tour détermine l’issue de l’évolution de ladite maladie. C’est pourquoi, transposée dans le champ social, la crise est cet état qui provoque une série de déséquilibres, de troubles, de malheurs ou de dysfonctionnements sociaux. Au plan économique, malgré quelques indicateurs encourageants pour certains Etats où la tendance économique est à la reprise, il en ressort que cette relance est encore au niveau macro-économique, le quotidien des individus étant pour la majeure partie, stable, c’est-à-dire économiquement très faible. En Afrique donc, certains individus confrontés à la misère sont parvenus à développer des tactiques de survie. Ainsi certains homosexuels, comme c’est le cas au Cameroun pensent que le « nkouandengué donne l’argent », entendez l’homosexualité est source d’enrichissement, de capitalisation économique pour devenir riche matériellement (GUEBOGUO, 2003). Cette croyance trouve son origine loin dans le temps et elle place ainsi l’homosexualité comme un fétichisme fallacieux, capable de procurer des gains. En effet, chez les Pangwé, groupe Fang du Cameroun, Gabon et de la Guinée Equatoriale, l’homosexualité était vue comme une « médecine de richesse ». On croyait que les partenaires qui se livraient aux actes homosexuels devenaient riches. L’explication sociale qui en ressortait venait du fait même de la solidarité africaine et du support mutuel entre deux amis, car la richesse pouvait être facilement accumulée et amassée à deux, plutôt que seul (TESSMAN, 1998 : 156). Cependant, la croyance moderne africaine selon laquelle l’homosexualité donne de l’argent ne s’inscrit pas dans le continuum de la perception des Pangwé. Elle se porte  même  en  faux  contre  elle,  car  l’homosexualité à ce niveau est utilisée en guise de moyen et de fin en même temps, pour subvenir aux besoins des individus. La crise a poussé certains individus homosexuels en Afrique, à se faire de plus en plus voir, notamment dans les grands hôtels, les boîtes de nuit à la recherche de clients, européens de préférence (ETEKI-OTABELA, Ibid. 499). C’est ce qui peut aussi être observé quand certains homosexuels africains vont surfer sur les sites de dialogue gais. Ils recherchent, pour bon nombre d’entre eux, des partenaires européens riches, susceptibles de leur faire vivre leur rêve et de leur permettre de libérer leur sexualité en Occident, sans plus avoir besoin d’user de  la  tactique  de camouflage. Celle-ci consiste à se doter d’un partenaire de l’autre sexe, pour masquer à l’entourage social sa véritable identité homosexuelle. Le partenaire de camouflage est alors désigné dans certains milieux gais au Cameroun le « nfinga » c’est-à-dire littéralement la couverture.

Le politique

Plusieurs sociétés africaines ont prohibé juridiquement l’homosexualité (ils sont plus de 24 Etats africains sur 44, ayant une telle législation). Cependant dans certaines d’entre elles, les condamnations des individus pour cause d’homosexualité sont quasi inexistantes, malgré les visibilités grandissantes des plus manifestes, comme cela a été souligné plus haut. C’est pourquoi l’action répressive laxiste, en rapport avec le contenu des lois qui interdisent l’homosexualité en Afrique, apparaît aussi comme facteur sociologique générateur de cette propension croissante et observable à l’homosexualité. En effet, certains pouvoirs africains ont adopté une politique de conspiration, de mutisme, dans le dessein de voir banni du réel ce qui est officiellement interdit et officieusement pratiqué par certains acteurs sociaux. Cependant, ces mêmes acteurs sociaux ont pensé que les politiques étaient de leur côté, et ont continué d’entretenir cette illusion à force de rumeurs évoquant l’homosexualité avérée ou non de certains acteurs politiques (GUEBOGUO, 2003 : Ibidem). La visibilité trouve sa motivation dans le fait que ces individus pensent que les politiques sont comme eux, c’est-à-dire qu’ils sont aussi homosexuels. C’est pourquoi ils les citent comme des modèles, des exemples à suivre sexuellement. Fort de tout cela, certains pouvoirs en Afrique, en raison de leur mutisme sur cette "visibilisation" de l’homosexualité en leur terroir, mutisme qui se manifeste par une faible fréquence des sanctions légales négatives à l’endroit d’actes homosexuels, apparaissent eux-mêmes comme ceux qui promeuvent cet état de chose, en tout cas l’on serait en droit de le penser.

Les perceptions sociales de l’homosexualité en Afrique

Le  milieu laïc

Les perceptions de l’homosexualité sont indissociables des contextes politique, religieux et socioculturel des pays africains. Ce modèle de sexualité est toujours condamné à cause des fondements idéologiques associés à la sexualité, à savoir qu’il sert à procréer exclusivement dans le contexte conjugal. Plusieurs conceptions de l’homosexualité peuvent être relevées ici. En fonction des structures normatives ou des réseaux de valeurs collectives (us, coutumes, traditions ancestrales) acquises par le processus de socialisation, des croyances religieuses, l’hétérosexualité est devenue le modèle de comportement sexuel dans la plupart des sociétés africaines. Ainsi, l’homosexualité est perçue comme une forme d’anomalie, une pathologie, une perversion et une déviance sociale, une perception fondamentalement liée à une « image traditionnelle de la sexualité ». D’après les systèmes religieux (Christianisme, Islam, animistes) cette expérience amoureuse est toujours schématisée comme une sexualité pervertie et déviante qui détournerait alors fondamentalement la créature divine des objectifs assignés à l’acte sexuel : assurer la pérennisation de l’espèce par la reproduction humaine. S’il est de manière générale facile de tolérer les caresses publiques hétérosexuelles bien qu’elles soient d’ailleurs une expression de la dépravation des mœurs sexuelles traditionnelles, la société est par contre moins tolérante à l’égard des homosexuel(les) qui se soumettent aux mêmes pratiques. Comme nous l’a dit un interlocuteur « Alors que les gens s’embrassent partout dans la ville, on n’a pas le droit de s’embrasser dans la rue quand on est homo. Vous risquez de perdre votre vie. Vous serez publiquement soumis à la justice populaire, même en présence des forces de l’ordre, et battu à mort par des gens qui ne veulent pas en entendre parler du tout » (Homme, 34 ans, Yaoundé).

Dans les perceptions populaires, les pratiques homosexuelles sont assimilées à une forme de comportement développé par les individus aux compétences hétérosexuelles légères ou ayant des faiblesses dans ce domaine. C’est l’expression d’un complexe et surtout une façon de ne point assumer son statut de femme ou d’homme. Elles résulteraient par ailleurs des échecs dans les expériences amoureuses et seraient liées à l’incapacité de négocier des relations hétérosexuelles. Il s’agit alors d’une faiblesse sexuelle.

Dans les faits, l’homosexualité est généralement perçue comme un échec de socialisation familiale et le rôle des parents est parfois indexé comme principale cause de ce que l’on nomme une dépravation des mœurs, une crise d’identité ou une déviance. L’inquiétude observée chez plusieurs personnes porte sur les chances de pérennisation de l’espèce car les parents réalisent le plus souvent un bonheur de marier leurs enfants et de voir le clan se reproduire. En outre, et comme le disent certains homosexuel(le)s, leur comportement sexuel est assigné à une forme de malédiction.

Le milieu religieux

Les systèmes religieux (islam, christianisme) et les traditions ancestrales ont traditionnellement conféré aux femmes une position secondaire dans la communauté. Il y est souvent dit que les ‘‘vraies femmes’’ sont ‘‘de bonnes épouses et de mères fécondes’’. Dans plusieurs systèmes religieux, l’on admet toujours que « La femme est destinée à reproduire, son rôle est de mettre au monde des enfants. » C’est ainsi qu’on est parvenu à dire que conformément aux prescriptions divines, la femme est appelée à s’occuper de l’espace privé et l’homme de la vie publique. Ce stéréotypage des identités de genre a permis une fonctionnarisation des différents sexes aux tâches précises et principalement dans la vie privée ou domestique en faisant de l’hétérosexualité et du mariage des valeurs instituées en modèles. De façon générale, les religions condamnent les relations homosexuelles qu’elles assimilent à la bestialité car l’hétérosexualité est explicitée comme un des fondements des relations sexuelles en général et du mariage dont le but est d’assurer la procréation. Les représentations sociales de la sexualité sont régies par des principes implicites de perpétuation de la lignée. S’inspirant des écritures saintes, les individus assignent à l’homosexualité le statut de péché à la fois envers Dieu et envers la société. L’homosexualité est une perversion avilissant la dignité de l’homme dans la mesure où elle détourne les rapports sexuels de leur cadre d’expression (l’union hétérosexuelle) et de leur but principal, à savoir la procréation.

Dans les milieux religieux, les réactions face à l’homosexualité varient d’un milieu à un autre. Il y a notamment le cas où les individus étaient exposés (ou "outés") en plein office religieux lorsqu’ils étaient soupçonnés d’homosexualité et cela pouvait se poursuivre par l’excommunication des fautifs. La société religieuse chrétienne au Cameroun est hostile, réfractaire à l’homosexualité, et cela pour des raisons dogmatiques. L’homosexualité sera, de ce fait, considérée comme un péché "contre-nature", parce que condamnée par la bible (Genèse 19 : 24-25 ; Lévitique 18 : 22 ; Juges 19 : 23-25 ; Lévitique 20, 13 : 15-16).  

Cet état de choses développe chez certains homosexuels au Cameroun « la culpabilité sociale.» Celle-ci naît du reproche que l’homosexuel fait à la société de ne pas l’accepter tel qu’il est. La culpabilité sociale c’est ce sentiment désapprobateur que porte l’homosexuel sur sa société, laquelle refuse de reconnaître et d’accepter son orientation sexuelle, parce qu’elle suppose qu’il ne parvient pas à s’ouvrir à une altérité, à désirer un partenaire d’un autre sexe que le sien.

 De toutes ces sanctions négatives de la société camerounaise un constat se dégage : on est loin des affirmations de Agacinski qui pense que «l’opinion commune se réconcilie toujours avec l’homosexualité dès lors qu’on lui parle d’amour et d’amitié. Elle s’émeut, elle approuve. Ce qui l’inquiète, c’est (…)la transgression de la loi, la sodomie et la multiplication des partenaires» (1998: 120-121). Il se peut que cela soit vrai pour la société française ou les sociétés occidentales en général. Au Cameroun, comme dans bien d’autres sociétés africaines, la force des sanctions laisse entrevoir qu’il n’y a quasiment aucun terrain d’entente, de conciliation entre l’opinion commune et ceux qui ont une orientation homosexuelle, même lorsqu’il s’agit d’amour ou d’amitié. Il peut exister quelques rares cas de compromis, quand un individu, ayant une telle orientation sexuelle, est indépendant, c’est-à-dire qu’il est capable de vivre de ses propres revenus ou quand il a un statut social élevé. L’opinion commune fera semblant de lui passer ce qu’elle considère comme des incartades sexuelles, mais ne manquera jamais d’y faire allusion d’une manière comme d’une autre, au détour d’une conversation ou de quelque article de journal. On est toujours en face d’une sanction verbale (ou écrite), car l’allusion faite l’est rarement en termes élogieux. Sinon en dehors de ces rares cas, l’opinion commune au Cameroun, lorsqu’elle est mise à contribution, jouera l’indifférence ou alors elle se braquera et annoncera d’entrée de jeu son homophobie patentée. Selon cette opinion commune, l’homosexualité est un facteur de dysfonctionnement et de désordre social.

Au Cameroun, la majorité des groupes tribaux considèrent l’homosexualité comme une déviance. C’est pourquoi, les homosexuels considèrent leur pratique sexuelle comme innée. Cela a pour fonction principale de les dégager de toute responsabilité, s’ils en viennent à être condamnés par leur conscience ou leur entourage ou alors par la religion. Dans les villes de Douala et de Yaoundé, le dogme religieux n’est pas souvent pris en considération. Toutefois, il y a un pourcentage élevé des personnes homosexuelles et lesbiennes interrogées qui disent ne pas se laisser influencer par leur religion. [10] 

 

Conclusion

Face à ce regard des plus hostiles de la société, certains homosexuels au Cameroun sont favorables à la reconnaissance légale de l’homosexualité au Cameroun ; 63 individus parmi les 81 interrogés (voir note 7) affirment être pour la reconnaissance légale de l’homosexualité au Cameroun, soit un pourcentage de 77,8% ; contre 18 qui émettent un avis défavorable, car ils pensent que cela est contraire à l’éthique (17 des 18 qui ont un avis défavorable soit 98,8% de ce même effectif) ; ils se défont de toute responsabilité. Ils considèrent leur orientation sexuelle comme innée, naturelle. Des personnes interrogées qui sont favorables à ladite reconnaissance légale, 31 justifient leur position par le droit à la liberté (soit 38,2%) et 32 par un besoin légitime à l’épanouissement (soit 39,5%). Il ressort donc que les lois, mais surtout les mœurs et les sanctions sociales négatives constituent un obstacle majeur à cette propension. En dehors de ces témoignages, les mobilisations pour réagir contre l’oppression sociale au Cameroun ne sont pas très fortes et significatives. Il existe certes des regroupements des personnes homosexuelles et lesbiennes dans les villes de Yaoundé et de Douala, mais ceux-ci sont davantage des regroupements associatifs plutôt que des groupes où l’on se pose en défenseur des droits de la reconnaissance homosexuelle au Cameroun. Les associations légales de regroupements homosexuels et lesbiens n’existent pas de façon officielle. Certains individus isolés à Douala clament dans les médias à sensation leur orientation sexuelle, sans que cela n’est pour d’autre effet qu’une stigmatisation beaucoup plus grande par les journalistes. En somme, malgré quelques soubresauts, il ressort de l’observation du paysage social camerounais, que l’homosexualité est toujours socialement mal appréhendée et stigmatisée, autant par les institutions traditionnelles, publiques que religieuses.


[4] Brigitte Cabbré et al., Les femmes dans les livres scolaires, Bruxelles,  Ed. Pierre Mardaga, 1985, p. 246.

[6] Cet article condamne toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe.

[7] De quelques étapes de l’évolution de l’identité homosexuelle chez la personne

ETAPES

DESIGNATION DE L’ETAPE

INTERVALLE D’AGE

1

Conscience de l’orientation des désirs

12 ans – 13 ans

2

Premiers contacts sexuels avec des partenaires de même sexe

12 ans – 13 ans

3

Compréhension du vocable « homosexuel »

15 ans – 17 ans

4

Remise en question de l’hétérosexualité

17 ans – 19 ans

5

Les sentiments sont reconnus comme « homosexuels »

19 ans – 21 ans

6

Première identification comme « homosexuel »

19 ans – 21 ans

7

Intégration sociale effective, avec fréquentation de quelques connaissances homosexuelles ou milieux pro homosexuels

19 ans – 23 ans

8

Première liaison avec investissement affectif

21 ans – 24 ans

9

Intégration de la sous-culture homosexuelle

19 ans – 24 ans

10

« Coming out » ou dévoilement à une relation hétérosexuelle privilégiée

23 ans – 28 ans

11

Acceptation et intégration de l’identité homosexuelle ou seconde identification homosexuelle décisive

24 ans – 29 ans

 Source : GUEBOGUO, La Question homosexuelle en Afrique. Socio-analyse d’une réalité sexuelle croissante au Cameroun, Paris, l’Harmattan, coll. « Etudes Africaines », 187 P (à paraître).

 [8] Ce n’est qu’en 1994 avec la fin de l’apartheid et la victoire au congrès de l’ANC qu’une nouvelle clause prohibant la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, sera incluse dans le code pénal. S., MURRAY, Ibidem, p246.

[9] La première boîte gay fut ouverte en 2002 à Douala (capitale économique du Cameroun), « le Pacific » et fermée parce que le bailleur des lieux voulait y faire un autre investissement. Une seconde boîte de nuit fut ensuite ouverte dans la ville de Douala toujours, par ailleurs capitale économique. La boîte de nuit fut également fermée parce que son propriétaire, un Occidental, devait retourner chez lui, laissant au Cameroun son « époux ». D’après nos enquêtes, une autre boîte de nuit, le «  folofolo », est toujours opérationnelle.

[10] Influence de la religion sur les homosexuels enquêtés à Yaoundé et Douala

 

Types de religions

Influence sur l’homosexualité

 

TOTAL

OUI

NON

Protestant

13

36,1%

23

63,9 %

36

100%

Catholique

10

34,5%

19

65%

29

100%

Musulman

3

37,5%

5

62,5%

8

100%

Autres

 

2

100%

2

100%

Total de l’influence

26

34,7%

49

65,3%

75

100%

 Source : GUEBOGUO, La Question homosexuelle en Afrique, Ibid., enquête sociologique menée à Douala et à Yaoundé auprès de 81 individus se reconnaissant et se définissant comme homosexuels. Les réponses ont été recueillies à partir d’un questionnaire standardisé et distribué sur la base d’un échantillonnage de commodité, qui recense uniquement les unités disponibles en l’absence d’une base de donnée constituée d’homosexuelle et de lesbienne au Cameroun. Six (06) enquêtés de l’échantillon ont dit ne pas avoir de religion, soit un pourcentage de 7,4%.


Quelques représentations et attitudes stigmatisantes vis-à-vis  de l’homosexualité à Douala et Yaoundé.

E1 : « Est-ce que tu as déjà vu un coq courir derrière un coq ou une poule derrière une autre poule ? » (Homme religieux)

E2 : « Celui qui décide de faire ces choses là n’est plus un être humain. Il est inférieur à l’animal parce que ce ne sont pas les femmes qui manquent. Elles sont même plus nombreuses que les hommes ici chez nous et Dieu en a créé tellement que même si tu veux avoir deux, cinq, tu en auras comme tu veux. Si tu laisses ce que Dieu a donné pour faire ce que tu veux (l’homosexualité), c’est que tu es bas. Je pense qu’il n’y a pas une autre manière de dire que tu as péché » (femme adulte)

E3 : « Si tu es homo, tu es plus que perdu parce que tu es en dessous d’un animal. C’est  dangereux de côtoyer une telle personne parce que les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (Homme, religieux)

E4 : « Apprendre qu’un ami est homo ? quoi ? homo vous dites ? Cà ne dérange pas seulement, çà choque. C’est comme si tu apprenais qu’il mange les gens » (Jeune fille qui dit être hétérosexuelle)

E5 : « Cà cache un complexe. C’est un refus d’accepter sa nature…un refus de confronter quelqu’un de nature, de sexe opposé » (un anthropologue Camerounais)

E6 : « Quand vous me parlez d’homosexualité, c’est bien beau de s’y intéresser,  mais il faut y voir également un sérieux  problème social. Où allons-nous en fait. Cà pose un sérieux problème de nos mœurs, de nos traditions. C’est une inversion de la place de la sexualité dans la société. Ceux qui font ces bêtises là, où est-ce qu’ils placent les enfants alors qu’ils sont venus d’une relation hétérosexuelle ? Qui ferait alors à leur place les enfants ? Je pense que ce serait le déshonneur pour un parent d’apprendre ou de constater que son fils ou sa fille fait ces choses » (Homme adulte, Yaoundé).

E7 : « Nous vivons parfois des propos très durs de la part de la société. Les gens disent le plus souvent si un homosexuel vient me faire la cour, je vais lui casser la gueule. Si j’entends que mon petit frère est homosexuel je vais le tuer…Ca fait peur, ça fait qu’on arrive pas facilement à pouvoir s’exprimer » (Homosexuel, 22ans, Yaoundé)

E8 :  En 1999, un jeune homosexuel américain décide de faire son stage académique au Cameroun. Lors de son séjour camerounais, il a une attirance pour certains de ses voisins dans l’immeuble qu’il habite, en plus de celle de sa compagne qui l’a invité. Après quelques semaines passées à Yaoundé, il est victime d’une agression nocturne par des jeunes qui s’avouent hostiles au choix sexuel de ce dernier. (Situation vécue sur le terrain).


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Cameroun
Date de publication : Mardi 3 octobre 2006
Date de mise à jour : Mardi 23 janvier 2007