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Dynamique de l’infection à VIH dans la province du Nord-Ouest du Cameroun
Sidanet, 2008, 5(2) : 1079
Jeudi 14 février 2008
• Mbele R. (1), Mbopi Keou F. X. (1, 2, 4), Angwafo F. F. (1, 3)

1. Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales, Université de Yaoundé I, Cameroun
2. Département de Microbiologie et des Maladies infectieuses, Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales, Université de Yaoundé I, Cameroun.
3. Ministère de la Santé Publique, Yaoundé, Cameroun
4. Laboratoire de Santé Hygiène Mobile (LSHM) Yaoundé, Cameroun
Enoncé du problème

Le VIH demeure l’une des maladies les plus graves de ce siècle, avec plus de 25 millions de personnes tués depuis sa découverte il y a 25 ans. A ce jour, on estime à 39,5 millions le nombre de personnes infectées, parmi lesquelles 64% se trouvent en Afrique Subsaharienne.

 Au Cameroun, la pandémie du VIH/SIDA est en évolution croissante. La prévalence nationale de ce fléau est passée de 0,5% en 1987 à 5,5% en 2004, dixit l’Enquête Démographique et Santé (EDS) de 2004. Des opérations de dépistage de masse menées dans plusieurs provinces du pays ont permis d’observer une prévalence qui varie suivant différents facteurs. Ces campagnes de dépistage ont surtout permis d’observer que la province du Nord-Ouest semble être la plus affectée par la pandémie, avec une prévalence moyenne de l’ordre de 8,8%.

 Au regard des us et coutumes des populations de cette province, nous avons pensé que l’évolution sans cesse croissance de la pandémie du VIH/SIDA dans cette partie du pays pouvait être associée à différents facteurs, et notamment à des facteurs socioculturels. L’impact de la pauvreté, des inégalités de sexe étant déjà bien connus dans la transmission des maladies sexuellement transmissibles dans les pays en voie de développement, il nous est apparu opportun d’identifier les facteurs socioculturels qui pourraient impacter la progression de la pandémie du VIH/SIDA dans le Nord-Ouest du Cameroun.

 C’est dans ce contexte que nous avons entrepris de mener cette étude intitulée « Dynamique de l’infection à VIH dans la province du Nord-Ouest du Cameroun : Une étude dans trois villes du département de la Mezam ».

 
Objectifs

 L’objectif général de cette étude était d’actualiser les données sur la prévalence de l’infection par le VIH dans la province du Nord-Ouest, de décrire les habitudes socioculturelles des populations, et d’évaluer leur impact sur la dissémination de l’épidémie.

Les objectifs spécifiques étaient les suivants :

  • Déterminer les facteurs socioculturels influençant la propagation de l’infection à VIH/SIDA dans la province du Nord-Ouest,
  • Mener une campagne de dépistage mobile dans le Nord-Ouest (Bamenda, Santa et Bali) afin d’analyser les résultats obtenus par comparaison avec ceux préexistants.

 
Matériels et méthodes

 Il s’agissait d’une étude transversale, descriptive et analytique réalisée sur une durée de six mois, allant de juillet à décembre 2006 dans les villes de Bamenda, Santa et Bali.

 La population d’étude était constituée de toutes les personnes âgées de plus de 15 ans et désireuses de participer à l’étude. Toutes les personnes d’un âge inférieur à 15 ans ont été exclues du cadre de notre étude.

 Au total, 1.260 personnes (853 hommes et 407 femmes) ont pris part à cette étude. Parmi ces personnes, un groupe de 200 personnes a été choisi au hasard et soumis à un questionnaire intime au cours duquel les personnes ont été invitées à répondre à des questions relatives à leurs attitudes personnelles face au VIH/SIDA. Ce groupe était constitué de 77 hommes et 123 femmes.

 Un consentement éclairé a été obtenu de chaque personne désireuse de prendre part à l’étude.

 Le test utilisé pour la détection du VIH était le CAMSTIX HIV 1+2+0. Le test utilisé pour la confirmation des sérologies positives au CAMSTIX HIV 1+2+0 était le test IMMUNOCOMB HIV 1&2 BiSpot.

 L’analyse des données a été faite en utilisant les logiciels Microsoft Office Excel 2003 et EPI Info Version 3.3.2 du 09 février 2005.

 Les dépendances ont été établies à l’aide du test de Khi-2, et les corrections de Yates se sont souvent avérées nécessaires. Les différences ont été considérées comme statistiquement significatives pour les valeurs de p < 0,05.

 
Résultats

 Les résultats obtenus dans le cadre de nos travaux sont ci-dessous indiqués :

  •  La majorité de la population d’étude était chrétienne, pauvre (72%) et analphabète (57%),
  • Parmi les femmes, 42,5% ont avoué que leurs droits n’étaient pas respectés, et dans cette population, 29% estimait normal d’être totalement dominées par leur partenaire masculin,
  • Les violences domestiques faites aux femmes ont été avouées par 69,66% de la population d’étude,
  • La décision du port du préservatif est majoritairement à l’initiative des hommes,
  • Les femmes infectées subissent une stigmatisation importante. En effet, seuls 4% des hommes ont avoués pouvoir vivre avec une femme infectée par le VIH/SIDA,
  • Le mariage précoce, l’héritage des veuves et les mutilations génitales des femmes sont pratiquement inexistantes dans cette région du pays,
  • 42% des femmes avouent n’avoir pas été consentantes lors du premier rapport sexuel, et environ dans 16% des cas, les violeurs étaient des membres de la famille,
  • 31% des personnes ont reconnu être infidèles (et pratiquer le vagabondage sexuel). Parmi ces personnes, il y avait 94% d’hommes et 6% de femmes. 20% de ces personnes étaient monogames, et 14,5% étaient polygames. 95% des personnes infidèles entretenaient des rapports sexuels avec des partenaires irréguliers, sans usage régulier du préservatif,
  • 70% des personnes fréquentaient les marabouts et guérisseurs, parmi lesquelles plus de femmes (63%) que d’hommes (37%). Parmi les femmes qui fréquentaient les marabouts, 54% ont avoué avoir consenti à des rapports sexuels pour des raisons diverses, infertilité (75,6%) et frais de traitement (21,3%),
  • 8% de la population d’étude était constitué d’immigrés, pari lesquels 41,1% ont consenti à des rapports sexuels pour l’obtention d’un travail.
  • 65% des personnes à Bamenda, 75% à Bali et 78% à Santa n’avaient jamais assisté à une campagne de sensibilisation contre le VIH/SIDA ; néanmoins, 98% des personnes interrogées connaissaient au moins un mode de transmission de la maladie, un groupe à risque et une méthode de prévention,
  • La prévalence du VIH/SIDA dans la population d’étude était de 10,5%.

 
Conclusions et recommandations

 Au terme de l’étude, il ressort que la propagation de l’infection à VIH est de plus en plus grande, et que des facteurs tels que la pauvreté, l’analphabétisme, l’inégalité de sexe, les systèmes traditionnels de santé, le vagabondage sexuel, les violences et exploitation sexuelle des femmes, ou encore l’exode rural sont autant de facteurs qui favorisent l’évolution de la pandémie du VIH/SIDA dans la province du Nord-Ouest du Cameroun.

 Forts de l’analyse des données que nous avons recueillie, nous avons formulé les recommandations suivantes :

  • A l’attention du Ministère de la Santé Publique
    Il y a lieu de promouvoir une politique de prévention de l’infection à VIH, basée sur la connaissance et la compréhension des facteurs socioculturels propres à cette région, dans la province du Nord-Ouest du Cameroun,
  • A la Délégation Provinciale de la Santé Publique du Nord-Ouest
    Il y a lieu de mettre un accent particulier sur les facteurs socioculturels identifiés au cours de cette étude, en invitant les différents groupes cibles à prendre part aux causeries éducatives organisées par la Délégation, sur le sujet du VIH/SIDA.
  • A la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de Yaoundé I
    Il est souhaitable que des études complémentaires soient faites sur l’implication des facteurs socioculturels dans la dynamique de l’infection à VIH, dans d’autres villes de la province du Nord-Ouest, voire même dans les autres provinces du pays, en vue d’affiner les statistiques et de comparer les résultats.
Cameroun
Date de publication : Jeudi 14 février 2008